[TRIBUNE] Municipales : la question n’est pas de choisir entre social et écologie 

Notre pays connaît une situation de crise aux multiples visages. La crise est sociale, avec des inégalités et une pauvreté reparties à la hausse, suite à des choix politiques qui ne répondent pas aux profondes difficultés vécues par une part croissante de citoyen.ne.s. La crise est écologique et elle menace la possibilité même de vivre sur la planète, à force de différer l’action nécessaire pour la préserver, voire de poursuivre celles qui lui sont nocives. La crise est démocratique car marquée par le ressenti largement partagé de ne plus pouvoir réellement peser, ni sur le cours de son existence, ni sur la destinée de notre pays, ni donc sur celle de la planète. La tentation du repli sur soi et du rejet de l’autre émerge : la crise de l’accueil des exilés en témoigne.

Mais se résoudre au pire nous est impossible et s’indigner ne suffit plus. Face à cette méfiance généralisée, nous avons décidé, il y a tout juste un an, de prendre nos responsabilités et de nous rassembler – associations environnementales, de solidarité et d’éducation, mutuelles et syndicats –, forts de nos expériences diverses, pour peser sur le cours des choses au niveau national et local.

Notre ambition est de bâtir un cadre commun protégeant notre avenir et celui des générations futures, de remettre l’exigence de justice sociale et l’environnement au cœur de l’économie, de cesser de faire du court terme l’alpha et l’oméga de nos politiques publiques et de partager le pouvoir pour que chacun puisse prendre sa part dans la transformation de nos vies et de notre quotidien. Depuis un an, nous agissons pour réorienter les politiques nationales (choix budgétaires et fiscaux, priorité des dispositifs publics…) qui sont déterminantes face aux nombreux défis auxquels nous sommes confrontés.

À l’occasion d’un tour de France qui nous a mené dans 9 villes et s’achève ce 5 mars 2020 à Paris, nous avons rencontré des milliers de citoyen.ne.s qui ont montré une très forte détermination à agir pour que les questions démocratiques, environnementales et sociales soient mises au cœur des décisions publiques. Il nous faut désormais passer à la vitesse supérieure en faisant des élections municipales à venir une étape décisive du changement qui s’impose. Car une chose est certaine : le temps presse.

Les maires ne peuvent pas tout. Mais une grande partie des solutions à la crise sociale, écologique et démocratique se trouve à l’échelle locale, formidable terrain du pouvoir d’agir. Les 6 prochaines années sont décisives. Les 47 millions de citoyen.ne.s que nous sommes peuvent, par leur choix, contribuer à donner à chacun.e le pouvoir de vivre. 47 millions de citoyen.ne.s qui peuvent, par leur exigence, participer aux changements.

Dans le cadre des municipales, quelles sont les mesures indispensables ? Il y en a au moins dix. Elles dessinent un cadre commun et cohérent dans lequel les différentes ambitions et solidarités portées par le Pacte du pouvoir de vivre se retrouvent. Donner le pouvoir d’agir dans une commune, c’est à la fois œuvrer pour que chacun puisse se déplacer facilement, à pied, à vélo, en transports en commun, et garantir aux écoliers et aux lycéens une alimentation bio, locale, socialement responsable et moins carnée. C’est à la fois donner accès à la santé et aux soins, quelle que soit sa situation sociale, et permettre à chacun de se loger dignement et à un prix décent sans être victime de la précarité énergétique. C’est à la fois revivifier la participation des citoyens dans notre démocratie et agir pour l’inclusion des personnes en situation de handicap. C’est à la fois promouvoir et mettre en place une politique d’hospitalité à l’égard des personnes réfugiées ou migrantes et agir concrètement pour arrêter l’érosion de la biodiversité…

Les mesures portées le Pacte du pouvoir de vivre sont incontournables pour tout.e citoyen.ne qui souhaite examiner en quoi les candidats (et demain, les élus)  répondent – ou non – aux urgences sociales, environnementales et démocratiques. De nombreux candidat.e.s reprennent déjà dans leurs programmes certains de ces chantiers. Mais il ne suffit pas de dire les choses pour qu’elles se fassent. Nous le constatons à grand regret tous les jours à l’échelon national.

Une seule voie permettra de relever l’immense défi auquel nous sommes confrontés : celle de la cohérence. Cohérence de l’ambition, des idées, des moyens et de l’action. La question n’est plus de devoir choisir entre social et écologie. Il faut, sous peine d’échec généralisé, exclure d’opposer les combats et tout mener de front. Transition écologique et justice sociale forment un tout.

Tribune publiée le 4 mars 2020