Votre navigateur est obsolète! Essayer d’ouvrir cette page web sur un autre navigateur.
Aller au contenu

Sortir des pesticides d’ici 2035 et des engrais de synthèse d'ici 2050, en fixant des objectifs annualisés

Face au quadruple enjeu biodiversité́-climat-économie-santé, il est primordial de réduire drastiquement l’usage des pesticides et des engrais de synthèse pour s’en passer respectivement d’ici 2035 et 2050. Pour ce faire, il est indispensable d’accompagner les agriculteurs par des aides à l’installation conditionnées au respect des pratiques de l’agroécologie et des soutiens à la transition (financiers, formation) pour les agriculteurs déjà installés.

Contexte et objectifs

La question des intrants de synthèse (engrais et pesticides) est cruciale car ils sont un des piliers de nos modèles agricoles à bout de souffle. Par ailleurs, il est impossible de réduire la consommation de pesticides sans réduire la consommation d’engrais azotés de synthèse. En effet, les plantes suralimentées en azote sont davantage attaquées par certains ravageurs et par les champignons pathogènes qui sont avides de cet élément.

Toutefois, on ne pourra s’en passer du jour au lendemain. Il est nécessaire en revanche que le cap soit clair, pour les agriculteurs comme pour la société, et que les outils à notre disposition pour une réduction drastique voire l’arrêt complet de l’utilisation de ces intrants soient adaptés et ambitieux. Actuellement, moins de 1% des financements publics aux acteurs agricoles et alimentaires ont un impact avéré sur la réduction des pesticides. La plupart des outils visant à répondre aux objectifs de réduction des pesticides en France sont extrêmement minoritaires et ont pour unique objectif d’améliorer les pratiques agricoles de façon cloisonnée, sans approche systémique. De la même façon, les politiques publiques censées permettre de réduire la consommation d’engrais azotés de synthèse ont eu des effets extrêmement limités, fautes de moyens suffisants mis en œuvre par les gouvernements successifs afin de respecter les objectifs politiques fixés.

Pourtant, pas de sortie de la spirale de la dépendance aux pesticides et aux engrais de synthèse sans envisager une transformation de l’ensemble du système agricole et alimentaire - et réciproquement. Cette transformation systémique doit concerner tous les échelons : la ferme, les filières, l’organisation territoriale et les échanges avec le reste du monde. C’est bien une vision agroécologique d’ensemble dont nous avons besoin, qui permette de repenser la manière dont nous produisons et dont nous consommons.

Accompagner les agriculteurs et créer des vocations

Nous atteindrons l’objectif d’une agriculture réconciliée avec la biodiversité et le climat si, et seulement si, une vision de long terme est posée et si les soutiens publics et les financements privés sont mis en cohérence. Les objectifs affichés doivent être compris comme une locomotive et doivent se décliner dans toutes les politiques publiques.
Les politiques publiques des 10 prochaines années doivent donc fournir des outils économiques d’accompagnement aux changements des systèmes agricoles et alimentaires, rémunérer les systèmes vertueux et soutenir la prise de risque des agriculteurs et de leurs collectifs.

Les mesures:

  • 2 milliards d’euros entre 2023 et 2027 de Paiements pour Services Environnementaux aux systèmes agricoles en agriculture biologique, modèle agricole qui se passe entièrement de pesticides et d’engrais de synthèse (sur une base minimale moyenne de 202 euros/hectare/an). Cela permettra de rémunérer le maintien en agriculture biologique des agriculteurs et agricultrices d’aujourd’hui et de demain.
  • 2,4 milliards d’euros entre 2023 et 2027 de Paiements pour Services Environnementaux “Infrastructures Agroécologiques” afin de rémunérer le maintien par les agriculteurs des habitats pour la biodiversité, composante indispensable des systèmes agricoles bas intrants.
  • 2,6 milliards d’euros entre 2023 et 2027 d’aides à la conversion en agriculture biologique pour rémunérer la conversion en agriculture biologique de 420.000 hectares en plus tous les ans.
  • 5 milliards d’euros entre 2023 et 2027 pour accompagner économiquement les agriculteurs qui cherchent à transformer leur système de production. Pour accompagner au moins 15% des exploitations agricoles en France, il faudrait mobiliser plus d’un milliard d’euros par an.
  • Proposer une bonification d’aide pour les nouvelles installations en agroécologie (dont en agriculture bio), sans critères d'âge. Si l’appétence des installés hors cadre familial en systèmes agroécologiques est une bonne nouvelle, la dynamique doit être renforcée pour que les installations soient un moteur de la transition. Cette mesure permettra donc de soutenir les installations sur les systèmes agroécologiques.
  • Miser sur l’agriculture de groupe, condition sinequanone au recours et à la promotion des systèmes territoriaux agricoles et alimentaires. L’accompagnement économique prévu aux agriculteurs devra également soutenir les collectifs (d’agriculteurs ou de soutien aux agriculteurs) engagés dans l’agroécologie et l’alimentation durable.