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Amandine Lebreton : "Choisir l’action plutôt que le renoncement"

En ce début d’année qui s’annonce charnière pour les enjeux écologiques, sociaux et démocratiques, Amandine Lebreton, directrice du Pacte du pouvoir de vivre, revient sur la manière dont le Pacte du pouvoir de vivre aborde les prochains mois et sur les raisons d’espérer et de ne pas céder au renoncement.

Sept ans après la création du Pacte en réponse à la crise environnementale, sociale et démocratique, quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’évolution du contexte et que cela implique-t-il ?

Le début de cette année illustre à quel point les inquiétudes restent fortes, tant sur le plan international que national. Sur le fond, les défis auxquels nous faisons face n’ont pas fondamentalement changé depuis la création du Pacte : il s’agit toujours d’accélérer la transition écologique de manière juste, de garantir un niveau de protection sociale à la hauteur des besoins, de maintenir la cohésion sociale et de faire vivre la démocratie. Autrement dit, permettre à toutes et tous de vivre dignement dans un environnement sain.

Sur le terrain, les organisations du Pacte constatent chaque jour l’ampleur des difficultés rencontrées par une partie croissante de la population, en particulier les plus modestes. La pauvreté atteint aujourd’hui un niveau très élevé, avec 15,4 % de la population vivant avec moins de 1 288 euros par mois. Dans le même temps, la transition écologique ralentit, alors même que les impacts du changement climatique pèsent de plus en plus sur les conditions de vie et sur l’économie. À cela s’ajoutent la crise du logement, la persistance des déserts médicaux ou encore les atteintes aux libertés associatives, qui fragilisent profondément notre modèle social et démocratique. En résumé, on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée ces dernières années… 

Ce qui a évolué de manière très marquée, c’est le contexte politique et social. La tension s’est accentuée, avec l’approche des élections municipales puis présidentielle, la diffusion des idées d’extrême droite et une situation internationale instable. Ces dynamiques rendent les enjeux encore plus aigus et interconnectés.

On sait que l’année qui précède la présidentielle est souvent flottante. Comment le Pacte va-t-il s’adapter à ce contexte national ?

Depuis la dissolution, l’instabilité politique n’a eu de cesse de remettre au lendemain les réponses aux enjeux que je viens de citer. Le débat sur le budget - débat majeur - s’éternise et ne répond pas pleinement aux préoccupations majeures de nos concitoyen·nes, à la réalité de ce qu’ils vivent. Pour le Pacte, il ne peut pas y avoir d’année blanche ni flottante : il faut agir. Et il faut le faire collectivement.Aucun acteur ne peut transformer la société seul. Depuis sa création en 2019, le Pacte s’est construit comme un espace de décloisonnement, de co-construction, d’association des expertises et des énergies pour peser réellement sur les politiques publiques. En 2026, pas de défaitisme, pas d’immobilisme : nous sommes déterminés à faire entendre nos propositions et à porter un projet de société plus juste et plus durable… jusqu’à 2027.

Comment cela va-t-il se traduire concrètement ? 

En 2026, le Pacte poursuivra son travail, notamment en vue des élections municipales, avec les militant.es engagés dans nos groupes locaux, pour porter des propositions communes à destination des listes candidates et améliorer très concrètement le cadre de vie. Nous continuerons également nos travaux collectifs sur des sujets clés comme le budget, le travail dans un contexte de transition écologique, et le coût de l’énergie. La société civile organisée a un rôle central à jouer, non seulement pour empêcher l’arrivée au pouvoir des idées d’extrême droite, mais aussi pour montrer qu’il est possible de mettre en œuvre des politiques publiques permettant à toutes et tous de vivre dignement dans un environnement sain.

Combattre les idées d’extrême droite ne peut pas se limiter à une opposition de principe. Il faut démontrer en quoi elles sont mauvaises pour les personnes, pour la société et pour le vivre-ensemble, mais surtout proposer des alternatives concrètes. Partout sur les territoires, des initiatives montrent déjà que d’autres choix sont possibles. 

Quel message adresser à celles et ceux qui seraient tentés de céder à une forme de résignation ?

Notre bataille centrale, aujourd’hui, c’est de rendre visibles et audibles les solutions. Il faut rappeler sans relâche qu’il est encore possible d’agir, que les citoyens peuvent avoir prise sur leur quotidien et sur l’avenir. Le pire scénario serait celui de la résignation collective, en particulier de celles et ceux qui s’engagent chaque jour pour la solidarité, l’environnement et la démocratie.

Et justement il est possible d’agir partout en s'engageant dans les associations, les syndicats, de proposer ou rejoindre des initiatives citoyennes, ou même d’échanger avec ses amis, sa famille, ses proches non pas pour convaincre à tout prix mais pour maintenir le lien, le dialogue et une capacité à écouter et à parfois à convaincre. C’est bénéfique pour la cohésion sociale, pour l’environnement et cela fait vivre la solidarité. C'est aussi un acte de résistance : celui de refuser la résignation, de ne pas céder aux forces sombres qui progressent et de choisir l’action plutôt que le renoncement.