Actus nationales

Éric Chenut : « La santé ne doit pas être taxée comme un produit de luxe. »

Alors que commence le débat sur le budget 2027, le gouvernement a annoncé une mesure visant à faire des économies sur l’Assurance Maladie et qui, en réalité, fait porter l’effort sur les mutuelles et donc les assurés. Éric Chenut, président de la Fédération Nationale de la Mutualité Française, décrypte les enjeux que recouvre cette annonce et appelle à la mobilisation de tous pour s'opposer à cette arbitrage.

Le gouvernement a annoncé un transfert de charge de l’Assurance Maladie vers les mutuelles. En quoi consiste cette mesure ? Pourquoi la logique à l’œuvre est-elle mauvaise ?

Le Gouvernement a décidé de transférer cet été 1,5 milliard d’euros de dépenses de l’Assurance maladie vers les mutuelles. Un niveau de transfert sans précédent ! Avec la fiscalité qui s’applique aux cotisations, ce sont près de 1,7 milliard d’euros qui devront être financés par les assurés sociaux. 

Nous savons que les pouvoirs publics cherchent à faire des économies, mais transférer ne réduit pas la dépense, la facture est déplacée vers les assurés sociaux. Ce qui n’est plus payé par la Sécurité sociale sera payé par les mutuelles, donc par les assurés sociaux. C’est un arbitrage purement comptable qui ne répond ni aux besoins de santé ni aux enjeux de financement de long terme.

Que proposez-vous pour rendre le système de santé plus juste et plus efficace ?

Nous devons agir sur les véritables leviers d’efficacité : la prévention, la lutte contre la fraude, la lutte contre la financiarisation du système de santé, la pertinence des soins et une meilleure organisation de l’offre de soins dans les territoires.

Nous demandons aussi de réduire la taxe sur la santé à 5,5 %. Aujourd’hui, elle est a plus de 16 %, prélevée par l’État. En 20 ans, ces taxes sont passées de 430 millions d’euros en 2005, à 7,5 Milliards d’euros cette année. La santé est un bien essentiel, elle ne doit pas être taxée comme un produit de luxe. Nous sommes les champions d’Europe de la taxe sur la santé.

Nous avons le pouvoir d’agir à la veille des textes budgétaires, c’est pourquoi, nous lançons une large mobilisation pour la réduire. En se connectant sur mutualite.fr, les citoyens peuvent écrire directement à leurs parlementaires. Nous sommes convaincus qu’il faut redonner davantage de place aux assurés sociaux et à leurs représentants dans les décisions qui concernent le financement de notre système de santé.

Quels messages faire passer aux députés et sénateurs ces prochaines semaines ?

Je leur demande de réduire significativement la taxe sur la santé. Baisser cette fiscalité est une mesure concrète pour préserver l’accès aux soins et limiter la pression sur les assurés sociaux. Les parlementaires, qui n’ont pas été associés aux arbitrages de cet été, ont eux aussi le pouvoir d’agir.

Enfin, j’invite surtout les citoyens à se mobiliser. Les assurés sociaux ont leur mot à dire sur l’avenir de leur protection sociale. Qu’ils interpellent leurs députés et leurs sénateurs : la santé mérite mieux que des taxes et mieux que des tours de passe passe comptables, ou l’alourdissement des restes à charges via le relèvement des plafonds des franchises sur les consultations ou les boîtes de médicaments.

Avec les organisations du Pacte du pouvoir de vivre, nous partageons une même conviction : les solidarités doivent être renforcées, pas affaiblies. La protection sociale est un investissement collectif. Il est temps de redonner aux assurés sociaux le pouvoir d'agir et de décider de son avenir.