Au-delà des grandes masses financières et des aspects techniques du projet de loi de finances, les associations, fondations, syndicats, mutuelles du Pacte du Pouvoir de vivre appellent à regarder en face les conséquences concrètes pour les ménages auxquelles pourraient conduire les décisions qui se trament dans le débat budgétaire en cours. Les choix politiques pourraient en effet avoir des impacts importants sur la vie de nos concitoyen·nes, et en particulier sur celle des plus pauvres et des plus modestes.
A travers cinq illustrations concrètes et ses propositions actualisées pour le projet de loi de finances 2026, le Pacte du pouvoir de vivre appelle les responsables politiques à ne pas perdre de vue qu’au-delà de la nécessaire réduction du déficit, l’enjeu essentiel du débat budgétaire est de donner à chacun·e le pouvoir de vivre dignement.
LA RÉNOVATION
- La coupe budgétaire
Le jour de la démission de François Bayrou de son poste de Premier ministre, un décret modifiait en profondeur MaPrimRénov’ et la rendait moins cohérente et moins élevée. Le décret institue ainsi :
-
- moins de rénovations aidées : 13 000 dossiers entre septembre et décembre 2025 alors que 53 283 dossiers ont été subventionnés au premier semestre 2025, selon un bilan publié par l'Anah.
- une concentration des soutiens aux ménages très modestes, excluant les ménages modestes du dispositif
- la baisse du plafond maximum de travaux éligibles, de 70.000 à 40.000 euros pour un saut de trois classes de DPE, et à 30 000 pour un saut de deux classes de DPE.
- l’exclusion de certains travaux dont les plus efficaces comme par exemple l’isolation des murs qui permet de réduire de 20% les pertes de chauffage.
Ainsi malgré le succès du dispositif MaPrimRénov’, le gouvernement Bayrou a décidé de réduire son ambition et de ce fait de réduire l’ambition écologique et sociale associée à la rénovation thermique des logements.
- Les enjeux
La rénovation des logements est au cœur des enjeux de lutte contre le changement climatique, tant en termes d’atténuation que d’adaptation, d’une vie digne dans un logement sain, de pouvoir d’achat ou encore de santé :
-
- les bâtiments sont à l’origine de 23% des émissions de gaz à effet de serre
- ⅓ des Français·es ont souffert du froid l’hiver dernier et 11% des ménages sont concernés par la précarité énergétique
- la précarité énergétique affecte la santé physique et mentale : vivre dans un logement mal isolé, c’est plus de bronchites, plus d’arthrose, plus de dépression
- un logement mal isolé augmente les factures énergétiques et grève le pouvoir d’achat des ménages tandis que les travaux de rénovation d’ampleur permettent une économie d’énergie moyenne de 54 %, selon l’Anah.
- Concrètement ?
Un foyer de 4 personnes - avec par exemple deux adultes travaillant comme aide-soignant·e et technicien·ne de maintenance et deux enfants - qui aurait un revenu fiscal de référence de 40 000 euros, ne pourrait pas avoir accès à MaPrimRénov’ et donc entreprendre des travaux pour isoler leur logement. En moyenne les travaux de rénovation globale, d’un logement de 70 m2 par exemple, coûtent près de 50 000 euros.
L’ANNÉE BLANCHE
- La coupe budgétaire
Parmi les mesures clés de son projet de budget présenté à l’été, l’ancien Premier ministre François Bayrou avait annoncé vouloir mettre en place une année blanche qui reconduirait donc les dépenses de 2026 au niveau de celles de 2025 (hormis quelques rares exceptions). Censée dégager 7,1 milliards d’euros, l’année blanche aurait notamment une incidence sur les prestations sociales dont le RSA, l’allocation adulte handicapé, la prime d’activité, les aides au logement mais aussi les pensions de retraite et le barème de l’impôt sur le revenu.
- Les enjeux
Prétendue représenter un effort général pour l’ensemble de nos concitoyen·nes, l’année blanche constituerait en réalité une charge bien plus importante pour les 5% des ménages les plus modestes déjà davantage touchés par la fin du bouclier tarifaire cette année avec, selon l’OFCE, une baisse de 1% de leur revenu disponible contre seulement 0,3% pour les 5% des ménages les plus aisés.
Une mesure d’autant plus délétère que le taux de pauvreté augmente en France, note l’Insee, en atteignant 15,4 % en 2023 contre 14,4% en 2022 et son plus haut niveau depuis 30 ans.
Environ 4 millions de personnes reçoivent un minima social en France.
- Concrètement ?
Un gel du RSA (646,52 euros pour une personne seule) aurait pour conséquence une perte annuelle d’environ 156 euros par bénéficiaire. Cela engendrerait une perte d’environ 13 euros par mois soit 2 à 3 jours de budget dédié à l’alimentation (INSEE).
Un gel de l’allocation adulte handicapé (AAH) représenterait quant à lui une perte annuelle de près de 250 euros soit un peu plus de 20 euros de perte mensuelle. Des coupes non négligeables pour des personnes déjà davantage touchées par la pauvreté que la moyenne nationale : près de 20% des personnes en situation de handicap vivent dans la précarité, soit plus de 850 000 personnes (l’équivalent des populations de Lyon et Nantes réunies).
LE FONDS VERT
- La coupe budgétaire
Créé en 2023, le Fonds vert était au cœur des débats budgétaires du PLF 2025. Menacé de suppression, il a finalement été renouvelé mais avec un budget réduit, passant de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 1,15 milliards d’euros en 2025.
- Les enjeux
Le Fonds vert est un outil majeur pour les collectivités locales pour leur permettre de mettre en œuvre la transition écologique. Il leur permet de financer de nombreux travaux d’adaptation et de rénovation de bâtiments publics, notamment des écoles qui représentaient plus d’⅓ des projets.
Il doit aussi permettre aux collectivités de végétaliser les villes et la rendre plus vivable dans un contexte de changement climatique, ou encore de prévenir les risques associés à l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des événements climatiques (incendies, inondations). La logique de prévention est essentielle : France Assureurs évalue à 5 milliards d’euros le coût des événements climatiques ayant touché la France en 2024.
- Concrètement ?
En 2023 et 2024, le Fonds Vert a contribué à financer respectivement 1100 et 1200 rénovations d'ampleur de bâtiments scolaires, permettant à environ 250 000 enfants d’étudier dans de meilleures conditions, contre seulement 7000 écoliers supplémentaires entre janvier et juillet 2025 avec 65 projets de rénovation, selon un décompte du Ministère de l’Écologie.
LA SANTÉ
- La coupe budgétaire
5,5 milliards d’euros d’économie dans la santé, tel était l’objectif affiché par François Bayrou, lors de la présentation de son projet budgétaire.
Malgré le contexte politique, plusieurs projets sont encore à l’étude et pourraient faire l’objet de décret pour une entrée en vigueur en janvier 2026 :
-
- le doublement de la franchise médicale et de la participation forfaitaire, déjà doublées en 2024, ainsi que le doublement des plafonds, qui n’avaient pas été modifiés en 2024. Ces évolutions augmenteraient le prix des médicaments, le coût des prises en charge médicales et paramédicales et celui des transports sanitaires et auraient ainsi des conséquences sur le reste à charge des familles, notamment des plus fragiles.
- le déremboursement de 171 médicaments (catégorisés “service médical rendu faible”) parmi lesquels le Spasfon, la Bétadine ou encore le Gaviscon. Pour les affections longue durée (ALD), ces médicaments ne seront remboursés qu'à hauteur du 15% du prix, contre 100% auparavant. Le remboursement des cures thermales pour les ALD pourrait aussi passer de 100% à 65%.
- Les enjeux
L’accès aux soins, principe fondamental protégé par le droit français, est en danger. Déjà, en 2023, selon une enquête IFOP, une personne sur 4 en France avait déjà renoncé à des soins pour raisons financières. Ces augmentations risquent d’aggraver la situation et de précariser des personnes déjà fragilisées, notamment les personnes souffrant d’une affection de longue durée (AVC invalidant, Alzheimer, Parkinson, sclérose en plaque, cancer, etc.), qui sont déjà contraintes de dépenser davantage que la moyenne pour leur santé. Si l’ancien gouvernement Bayrou avait assuré préserver les personnes les plus fragiles grâce à la Complémentaire Santé Solidaire (C2S) pour les personnes vivant sous le seuil de pauvreté, il restera des millions de patients qui, tout en étant au dessus du seuil, ont un niveau de vie modeste et se retrouveront sans protection.
- Concrètement ?
Avec ces évolutions,la participation (dite participation forfaitaire) des patient·es passerait de 2 euros à 4, voire 5 euros pour un rendez-vous chez le médecin généraliste, une prise de sang ou une radiographie par exemple, et à 2 euros au lieu de 1 euros pour un rendez-vous chez le kinésithérapeute, l'orthophoniste… ; un aller-retour en transport sanitaire coûterait 16 euros contre 8 euros aujourd’hui. Le Premier ministre a en effet annoncé dans son projet le passage à 100€ (contre 50€) du plafond annuel de participation forfaitaire (qui par ailleurs augmente pour chaque consultation médicale) et la même chose pour le plafond annuel de franchise médicale (qui concerne par exemple la somme non remboursée pour les médicaments ou le transport sanitaire par exemple). Concrètement, les patient·es pourraient payer jusqu’à 100 € par an pour la participation forfaitaire et 100 € pour la franchise médicale, soit 200 € au total.
C'est une somme conséquente qui revient à demander aux foyers modestes de faire des arbitrages entre bien se loger, bien se nourrir, bien se soigner. Par exemple, 200 € par an au lieu de 100€, c’est environ 2 repas de cantine scolaire en moins par mois (si le repas coûte 3,80 €) et 8 repas de cantine en moins par mois pour les familles qui bénéficient du tarif social (1 € le repas).
Or un tiers des Français·es qui déclarent avoir dû renoncer à des soins de santé au cours des 12 derniers mois (soit 65% de la population) mettent notamment en avant des raisons financières, selon un sondage Odoxa réalisé pour la Mutualité française..
L’HÉBERGEMENT DES DEMANDEURS D'ASILE
- La coupe budgétaire
Déjà sous-doté, le dispositif national d'accueil pour demandeurs d'asile a subi des coupes budgétaires dans la loi de finances 2025 et risque d’être à nouveau mis à contribution en 2026. 69 millions d’euros ont ainsi été retirés de l’enveloppe du budget 2025 destinée à financer les places d’hébergement des demandeurs d’asile.
- Les enjeux
Cette année, des milliers de places d’hébergement pour demandeurs d’asile ont été supprimées, non ouvertes alors que la loi de finances précédente prévoyait des crédits en ce sens ou non réouverte après travaux, faute de financement. Alors même que l’État ne parvenait déjà pas avec les places disponibles à proposer une solution d'hébergement prévue par la loi pour les demandeurs d'asile, cette coupe budgétaire revient à supprimer environ 10% des places qui leur sont dédiées au sein du dispositif national d'accueil (DNA).
- Concrètement ?
Près d'un tiers des demandeurs d’asile (selon les chiffres du ministère de l’Intérieur) éligibles à un hébergement dédié à leur situation ne se sont pas vu proposer de place par les autorités, malgré l’obligation légale dans ce domaine, tandis qu'une partie croissante des demandeurs d'asile (39% fin 2024) sont tout simplement considérés comme étant inéligibles à ces conditions matérielles d'accueil. Disposer d’un hébergement incluant un accompagnement administratif et social participe pourtant des conditions nécessaires à l'efficacité du système d'asile et à une instruction de qualité de la demande d’asile, tant pour les demandeurs que pour les instances de détermination de l’asile.
En raison des restrictions budgétaires sur le parc d'hébergement pour demandeurs d'asile, ces personnes (dont des femmes et des enfants) déjà fragilisées se retrouvent en situation de grande précarité, souvent à la rue et ne sont pas en capacité d'exposer leur situation ce qui peut mener à un rejet injustifié de leur demande d'asile (et un retour vers une situation de violence et de persécution). Les acteurs de la solidarité, dont les associations, tentent de pallier ces carences mais elles sont souvent sur-sollicitées et ne peuvent pas répondre à tous les besoins qui relèvent de la responsabilité de l'Etat au titre de ses engagements en matière de respect du droit d'asile.