Actus nationales

Maëlle Nizan : “La précarité est aujourd'hui le principal facteur d'échec académique et d'abandon"

Cette semaine marque la fin des vacances pour les étudiant·es. Comme chaque année, la FAGE publie les résultats de son indicateur du coût de la rentrée étudiante et s'alarme à nouveau du coût moyen exorbitant qui s'élève à 3227 euros. Dans cette 23ème édition de l'indicateur, le premier syndicat étudiant de France pointe notamment les nouvelles augmentations auxquelles doivent faire face les étudiant·es pour leur rentrée, sans aides adaptées.

Maëlle Nizan, présidente de la FAGE et membre du groupe de coordination du Pacte du pouvoir de vivre, nous détaille les résultats de cette enquête.

Quels sont les principaux enseignements de cet indicateur?   

Cette rentrée encore, les dépenses augmentent sans qu'aucune mesure n'ait été mise en œuvre pour y répondre. Le coût de la rentrée s'élève à 3227€, avec toujours pour principal poste de dépense le logement qui atteint 581€ en moyenne. Ce poste est un prérequis pour chaque étudiant.e qui n'ont pas d'alternative dans leur cercle familial. L'ensemble des autres dépenses sont ensuite des variables d'ajustement, y compris l'alimentation pourtant essentielle pour étudier dans de bonnes conditions. Les bourses étudiantes n'étant pas indexées sur l'inflation qui est la principale cause de ces augmentations, les aides ne suffisent plus à faire face à ces coûts : l’année blanche est en vigueur depuis des années pour les étudiant·es. 

Cette évolution se confirme au fil des années, quelles en sont les conséquences pour les étudiants et étudiantes? 

Derrière les chiffres, ce sont des milliers d'étudiant·es qui doivent étudier dans un appartement sans chauffage, trouver un emploi souvent au détriment de leurs études, se restreindre à chaque repas, s'alimenter via des distributions alimentaires, refuser de sortir avec leurs amis faute de moyens : tout cela devient la norme. La FAGE propose l'aide alimentaire via nos 43 épiceries sociales et solidaires AGORAé : mais cela ne doit pas être normalisée. Ce n'est pas aux étudiant·es de nourrir d'autres étudiant·es ! Chaque nouvelle épicerie que nous ouvrons témoigne de gouvernements qui ne semblent pas prendre la mesure de leur inaction. La précarité est aujourd'hui le principal facteur d'échec académique et d'abandon. Faire des économies aujourd'hui sur les étudiant·es, c'est sacrifier l'avenir. Par-delà le traumatisme qu'il peut générer, le coût de l'abandon ou de l'échec académique est énorme et doit être pris en considération. Les politiques publiques ne peuvent plus être réfléchies sans considérer leur impact à long terme. 

Quelles sont vos priorités politiques dans cette période incertaine? 

Au sein de nos épiceries sociales et solidaires AGORAé, 70% des bénéficiaires étudiant·es sont non boursier·es, témoignant d'un système inadapté : tenir les promesses faites depuis des années aux jeunes concernant la réforme du système de bourses étudiantes est une urgence sociale. Cette réforme n'a été que trop longuement repoussée. On sait qu'elle n'était pas à l’ordre du jour du budget du gouvernement Bayrou, avec l'annonce de l'année blanche. On espère donc que le futur gouvernement ne fera pas preuve de la même inconséquence dans les arbitrages du nouveau projet de loi de finances. 

Il faut par ailleurs agir en priorité sur le logement qui est le premier poste de dépenses. Il y a aujourd'hui 1 logement CROUS pour 17 étudiant·es en France : c'est très insuffisant. Les étudiant·es sont ainsi souvent contraints de se tourner vers le parc privé. A ce titre, l'expérimentation de l'encadrement des loyers a fait ses preuves et doit être prolongée. Il devrait même être contraint et davantage controlé dans les villes universitaires. 


Télécharger la 23e édition de l’indicateur de la rentrée universitaire de la FAGE