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Prix de l'énergie : cibler les aides pour concilier justice sociale, engagement écologique et responsabilité budgétaire

La pression sur les ressources énergétiques dues aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, aux conséquences humanitaires dramatiques, reste forte. Gaz comme pétrole sont concernés par les attaques militaires, entraînant une hausse des prix qui pèse directement sur les ménages. Derrière ce constat, une réalité s’impose pour nos concitoyennes et nos concitoyens : se chauffer et se déplacer coûtent plus cher. Et pour beaucoup d’entre eux, cela devient insoutenable.

La hausse du prix des carburants et de l’énergie réduit la capacité ds ménages les plus pauvres et modestes à se chauffer convenablement et à se déplacer au quotidien. Elle peut aussi conduire à renoncer à certains soins, à différer des dépenses essentielles. Là où certains absorbent ces hausses sans amputer leurs conditions de vie, d’autres s’enfoncent davantage dans la précarité ou les difficultés quotidiennes.

Face à cette situation, il faut agir vite et de manière ciblée pour protéger à court terme les ménages les plus touchés par ces hausses, et pour réduire notre dépendance collective aux énergies fossiles à long terme.

Comme le montre le débat public, la tentation de réponses simplistes est forte : baisse généralisée des prix, baisse de la TVA, autant de dispositifs indifférenciés qui sont en réalité des impasses. De tels choix politiques ne seraient ni responsables dans un contexte de finances publiques contraintes, ni juste socialement, ni pertinents écologiquement.

Nous devons en effet tirer des enseignements de la mise en place, entre 2021 et 2024, des mesures exceptionnelles de lutte contre la hausse des prix de l’énergie en nous appuyant sur les analyses récentes du Conseil d’analyse économique ou encore de la Cour des Comptes.

D’abord les dispositifs non ciblés sont injustes puisque, même s’ils soutiennent utilement les plus modestes, ils profitent à proportion davantage aux ménages les plus aisés qui sont ceux qui, en moyenne, consomment davantage d’énergie (et en particulier de carburant).

Ensuite, ces mesures indifférenciées coûtent cher aux finances publiques. Le coût brut des mesures mises en place pour protéger de la hausse des prix entre 2021 et 2024 (pour 90% d’entre elles non ciblées), est évalué à 72 milliards d’euros. 

Enfin, ce bouclier tarifaire a eu des effets défavorables, au moins à court terme, sur la transition énergétique. Il a ainsi envoyé des signaux contraires et freiné certains changements de comportement nécessaires à la lutte contre le changement climatique, en mobilisant des ressources publiques qui n’ont pas pu être consacrées à accompagner ces évolutions, comme sur la réduction de l’usage de la voiture thermique.

Ne reproduisons pas ces erreurs.

Pour nos associations, syndicats, mutuelles rassemblées au sein du Pacte du pouvoir de vivre, il est indispensable d’accompagner celles et ceux qui en ont réellement besoin en ciblant les aides sur les premiers déciles de revenus, sur les travailleurs dépendants de leur véhicule, sur certains usages contraints… Le chèque énergie montre par exemple toute son utilité pour les ménages concernés. Cet engagement de l’Etat doit être complété par celui des employeurs qui ont une responsabilité notamment pour soutenir les travailleurs·euses fragilisé·es.

Dans le même temps, l’urgence ne doit pas nous détourner de l’essentiel. D’une part, au-delà des dispositifs de crise, notre horizon doit être de donner à chacun·e, dans le cadre du droit commun, les moyens pour vivre dignement. D’autre part, nous devons préparer l’avenir en répondant à la volatilité des prix de l’énergie par la réduction de notre dépendance aux ressources fossiles. Investir massivement dans la rénovation thermique des logements, développer des solutions de chauffage moins dépendantes, accélérer l’accès à des mobilités durables et abordables, électrifier les usages : voilà les choix qui protègent durablement les ménages.

Nous devons assumer une double approche : protéger aujourd’hui, préparer demain. C’est à cette condition que nous éviterons que les chocs actuels ne deviennent des fractures durables.