À partir de ce lundi 1er décembre, les fauteuils roulants seront intégralement remboursés. Cette évolution fait suite à de nombreuses discussions techniques auxquelles a largement contribué APF France handicap, membre du Pacte du pouvoir de vivre. Pascale Ribes, présidente d’APF France handicap revient sur cette victoire politique et sur les suites attendues.
Qu’est-ce qui va changer concrètement pour les personnes en situation de handicap qui ont besoin d’un fauteuil roulant ?
Le changement est historique. À compter du 1er décembre 2025, les fauteuils roulants seront pris en charge intégralement par l’Assurance maladie, sans aucun reste à charge. Jusqu’ici, une personne devait parfois solliciter jusqu’à 5 à 8 financeurs différents pour espérer obtenir un fauteuil adapté. Ce parcours était long, complexe et très inégalitaire. Désormais, il y aura un seul financeur et plus aucun euro à dépenser.
Cela concerne la quasi-totalité des modèles : les fauteuils actifs, les fauteuils sportifs, mais aussi les scooters pour les personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie. C’est une avancée majeure, car beaucoup de personnes concernées vivent sous le seuil de pauvreté. Le fauteuil roulant n’est pas un luxe : c’est un outil d’autonomie, un prolongement du corps.
Votre association soutenait cette réforme, mais vous aviez aussi exprimé des réserves sur certains points. Après plusieurs mois de négociations, où en est-on aujourd’hui ?
Nous avons toujours été favorables à cette réforme, parce qu’elle répond à un besoin fondamental : se déplacer librement pour vivre, travailler, étudier, participer à la vie sociale. Mais, en effet, lorsque les premiers détails sont apparus, certaines limites nous inquiétaient, notamment sur les options, les modalités de prescription ou encore la diversité des modèles pris en charge.
Aujourd’hui, grâce aux mois de concertation et de travail collectif, de réelles avancées ont été obtenues. Des options importantes ont été intégrées, comme la « troisième roue » électrique, le système de freinage EPPUR (en cours d’inscription) ou encore des dispositifs facilitant l’intervention des aidants. Les modalités de prescription ont été simplifiées : un seul prescripteur pourra suffire pour un premier fauteuil manuel actif. Et il sera possible de recourir à la location longue durée, ce qui est essentiel pour les pathologies évolutives.
Nous entrons toutefois dans ce que nous appelons le « dernier kilomètre » : des ajustements techniques restent à finaliser, et nous resterons vigilants pour que l’esprit de la réforme soit respecté.
Quelles sont désormais les prochaines étapes à franchir en matière de compensation et de prise en charge ?
Notre priorité est que la réforme soit effectivement appliquée dès le 1er décembre sur l’ensemble du territoire. Nous sommes très impliqués dans le Comité de suivi, où les derniers points restent discutés. En parallèle, nous allons accompagner concrètement les personnes concernées, pour les aider à comprendre leurs droits et à faire valoir cette nouvelle prise en charge. Les usagers peuvent contacter nos délégations pour faire remonter d’éventuels problèmes sur la mise en œuvre de la réforme.
Nous serons également très attentifs au rôle des différents acteurs – Assurance maladie, fabricants, prestataires – pour que cette réforme ne reste pas théorique. Elle doit se traduire par des droits réels, pour toutes et tous, sans exception. Malgré le contexte politique, nous demandons à l’État de maintenir le cap et de poursuivre la concertation. L’enjeu est simple mais fondamental : la mobilité, c’est l’accessibilité et la liberté des personnes.