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Laurent Grandguillaume : "Territoires zéro chômeur de longue durée n’est pas une dépense, c’est un investissement"

Depuis près de 10 ans, l'association Territoires zéro chômeurs de longue durée (TZCLD), membre du Pacte du pouvoir de vivre, déploie une expérimentation afin d'accompagner les personnes les plus éloignées de l'emploi et de rendre effectif le droit à l'emploi pour toutes et tous. Déjà présente sur plusieurs territoires français, TZCLD vise à s'étendre pour répondre aux besoins des personnes mais les évolutions budgétaires, actuellement discutées par les parlementaires, mettent en danger le déploiement de l'expérimentation et même sa survie, alerte Laurent Grandguillaume, président de Territoires zéro chômeurs de longue durée.


Quels sont les enjeux budgétaires actuels pour TZCLD ?
Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit un budget de 68,8 M€ pour l’expérimentation. C’est très en-deçà des besoins réels. Avec 83 territoires habilités, plus de 6 000 personnes déjà sorties du chômage de longue durée grâce à TZCLD, et de nouvelles embauches prévues, cette enveloppe ne couvre ni les salaires des personnes recrutées en 2025, ni les trajectoires d’embauche prévues pour 2026. Cela va aussi à rebours des conclusions de la Cour des comptes et du Comité scientifique, qui ont tous deux reconnu l’efficacité de l’expérimentation, son utilité sociale, et son caractère “souhaitable” à pérenniser.

Concrètement, quelles seraient les conséquences si le budget n’était pas à la hauteur ?
Sans rehaussement du budget, la continuité de l’expérimentation serait menacée : des entreprises à but d’emploi pourraient être contraintes de supprimer des postes, des territoires déjà engagés seraient freinés dans leurs embauches, et les nouveaux territoires prêts à rejoindre la dynamique se retrouveraient bloqués. Ce serait une rupture du principe d’exhaustivité — la garantie que toute personne durablement privée d’emploi puisse accéder à un CDI s’il ou elle le souhaite — et un frein brutal à dix ans d’une démarche qui a prouvé qu’elle répond à des besoins non couverts sur les territoires. En clair : une perte sèche pour les personnes, pour les territoires, et pour la cohésion sociale.

Pourquoi, même dans un contexte budgétaire tendu, le droit d’expérimenter constitue-t-il une priorité ?
Parce que TZCLD n’est pas une dépense : c’est un investissement dont le coût net est aujourd’hui estimé entre 11 000 et 13 000 € par emploi, et certainement inférieur à 10 000 € si l’on inclut les effets positifs constatés par les évaluations (santé, réussite scolaire, sorties vers l’emploi hors EBE, diminution des accompagnements sociaux…). Les deux évaluations publiques reconnues montrent que grâce au CDI, l’expérimentation permet l'accès au droit à l'emploi des personnes très éloignées du marché du travail et comble un vide dans les politiques publiques. Renforcer ce droit à expérimenter, c’est sécuriser une solution efficace dans la lutte contre la privation durable d’emploi, en complémentarité des dispositifs développés par l'insertion par l'activité économique et le secteur du travail protégé et adapté qui sont eux-même fragilisés par la proposition de projet de loi de finances.

Quelles sont vos attentes à TZCLD ?
Nous attendons un signal clair de confiance : un budget à la hauteur permettant de sécuriser les emplois existants, d’accompagner les territoires qui se préparent et d’ouvrir progressivement à de nouveaux territoires. Nous attendons aussi que la dynamique législative — notamment autour de la proposition de loi visant à pérenniser l’expérimentation — soit cohérente avec les constats unanimes des évaluations publiques : c’est une innovation sociale qui fonctionne, qui répond à un besoin réel, et qui mérite d’être consolidée. Notre objectif est simple : permettre à toute personne durablement privée d’emploi d’accéder à un emploi utile, choisi, et financé intelligemment par le redéploiement du coût du chômage.